mercredi 11 juin 2014

Les pulsions qui nous font prendre des kilos

Nous sommes des êtres de désirs : désir d’avoir, d’être, de confrontation, d’échange, de
conquête, de conservation, de savoir, de possession… Dès notre naissance, et peut-être
même avant, notre psychisme est envahi de pulsions innées, à l’état brut, qui seront
ensuite cultivées par notre éducation. Ces pulsions constituent l’énergie vitale, elle-même
source de la croissance physique, intellectuelle et affective de l’enfant.
Selon les théories psychanalytiques, le nouveau-né, qui n’est pas apte encore à une
expression élaborée de ses désirs, est soumis à un ensemble de pulsions. Ces pulsions
sont des processus actifs qui naissent en différentes zones corporelles excitables. La
finalité d’une pulsion est de se satisfaire, par le soulagement de la tension née de
l’excitation. Il existe pour chacune d’elles différents moyens d’y parvenir, et chaque
individu privilégie certaines voies plutôt que d’autres, car si les pulsions sont communes à
tous, chacun les apaise à sa manière.
Par exemple, la pulsion orale trouve son origine dans une vaste région du corps qui
inclut la bouche et toute la zone buccale : le tube digestif supérieur, la zone respiratoire,
les organes de la parole et l’ensemble des organes sensoriels. Dans ce cas, la sensibilité de
ces organes (les lèvres, le palais et la langue sont richement innervés) et des nerfs gérant
la sensorialité (nerf optique, nerf auditif, nerf gustatif) joue à plein. La satisfaction est
donnée par l’alimentation et secondairement par les apports de toutes sortes. Cette
satisfaction est un moteur indispensable à l’existence humaine puisqu’elle pousse chaque
individu en devenir à répondre aux besoins élémentaires que sont la prise de nourriture et
les liens d’attachement avec l’entourage (la pulsion orale pousse aussi à la prise
d’information et à la communication), indispensables aux êtres humains.
La pulsion orale : une pulsion vitale
La pulsion orale prédomine lors des deux premières années de vie car le nourrisson, qui
n’est pas autonome dans ses déplacements et sa préhension, est centré, quant à son mode
de contact avec le monde extérieur, sur la captation sensorielle et l’alimentation. Cela
correspond chronologiquement au stade oral.
Le stade oral est le premier des stades de développement affectif tels que définis par
Sigmund Freud à partir de ses observations cliniques, et confirmés par la suite dans sa
description par de multiples travaux psychanalytiques. Dépourvu de langage, le nouveauné
va établir ses premières relations avec son environnement à partir de son corps. Les
adultes chargés de son éducation, en prenant appui sur les compétences natives de ce
corps et en les médiatisant, vont guider cette prospection et rendre possible son évolution
et ses diverses acquisitions. Ses pulsions orales pourront être satisfaites par le contact
avec le sein et le lait maternel, le biberon, la succion d’une tétine, le sucement de sa
langue ou encore de ses doigts. Bref, tout ce qui se met en bouche comme tout ce qui est
susceptible de s’écouler dans le pharynx et l’oesophage, le boire comme le manger, est
susceptible de les combler. Plus tard, cette pulsion est assouvie toujours par le manger et
le boire bien sûr, mais aussi par toutes les choses nouvelles que l’on met volontairement
en bouche (la langue de sa ou de son partenaire amoureux, un chewing-gum, un cigare, le
goulot d’une bouteille).
La pulsion orale pousse à s’alimenter : c’est donc une pulsion vitale. Par la satisfaction
qu’elle procure, elle invite à répondre aux besoins fondamentaux qu’ont les humains de
manger et de boire. Les pulsions et leur satisfaction ont remplacé chez l’humain l’instinct
animal. C’est également vrai pour la sexualité. C’est ce qui nous permet d’être plus
inventifs que l’animal dans tous ces domaines. Et ce qui nous donne plus de
liberté – pour le meilleur comme pour le pire puisque seuls les humains pratiquent
volontairement la chasteté ou la grève de la faim.
Du bouche à oreille et des yeux plus gros que le ventre
Mais la pulsion orale ne se limite pas à la bouche. On peut considérer qu’elle est
composée de sous-branches en fonction des zones nerveuses concernées et des modes de
satisfaction. Elle est satisfaite également par tout ce qui mobilise la sensorialité, par
exemple le plaisir de l’écoute musicale. En fait, des connexions existent entre les sousgroupes
de pulsions orales. Ainsi la gustation d’un aliment est-elle très liée à son odeur,
ce qu’on vérifie quand on est enrhumé et que les aliments semblent avoir moins de goût.
Ce lien goût-odorat est sans doute une combinaison propre à l’espèce. D’autres
correspondances s’acquièrent chez certains individus, hélas pas toujours favorablement.
Ainsi, les personnes habituées à manger en musique ou entourées de paroles ont besoin
d’écouter la radio quand elles prennent leur repas seules. Sans parler de ceux qui, de plus
en plus nombreux, et habitués très jeunes à cela, ne peuvent manger que devant un écran
de télé, et se gavent d’images en même temps que d’aliments.

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